« Le romancier transforme la vérité déplaisante pour en tirer une intrigue séduisante. Donne de l'armature à la vraisemblance, falsie les évènements pour plaire au lecteur. La trame de son roman est une savante combinaison qui conduit au dénouement. »
A travers la revue d'au moins un roman du programme, vous démontrerez la véracité de ce constat de Guy DE MAUPASSANT.
La rupture avec le genre poétique fait embrasser les écrivains de manière générale au genre romanesque dans lequel le champ de la dénonciation avec relaxe s’est considérablement agrandi. Là, ils transforment des situations malheureuses en véritables sujets de bonheur, altèrent la face des réalités horribles et trouvent le moyen de les changer pour instaurer un climat paisible dans leurs sociétés. C’est pourquoi Maupassant dit que le romancier est capable dans sa dénonciation de changer l’inchangeable et d’apporter la joie et le goût de vivre au peuple. Dès lors, en quoi cette affirmation est une réalité ?
À travers la lecture d’au moins un roman sinon au plus, nous démontrerons la véracité de cette pensée de Maupassant dans le travail qui suit.
En effet, le genre romanesque apparait comme une réelle délivrance pour la plupart des écrivains surtout africains pour qui, la poésie constituait un véritable fardeau et une limite dans l’exhibition de leurs pensées à cause de ses règles de versification trop nombreuses. Ainsi, le nouement avec les romans, les a permis de se ranger en ligne de dénonciation et de réfutation de certaines réalités tristes de leur moment. Par exemple dans son roman « les soleils des indépendances », Amadou Kourouma écrivain ivoirien fait des révélations sur la triste réalité des indépendances qui se sont heurtées à la désillusion au désenchantement et malaise. Il tourne aussitôt sa plume de dénonciation vers la classe dirigeante perverse source du brusque changement des espoirs en désespoirs. Il met également en lumière l’errance de ses dirigeantes qui ont oublié leur peuple le laissant sombrer dans la misère.
De son côté, Fantouré dans son roman « le cercle des tropiques » fait l’état de faits des tristes réalités des marigots du sud où les populations tirent à peine la joie de vivre. Il pointe du doigt la corruption, l’exploitation, les détournements, les arrestations arbitraires, la gabegie financière, l’insouciance qui ont conduit le continent dans le cachot.
Toutes ces dénonciations consistaient à ramener le sourire perdu aux lèvres du peuple africain depuis la colonisation jusqu’au moment des indépendances.
De même, dans la littérature française, les romanciers comme André Malraux ne laisseront pas impuni les tenants de la société française d’alors qui ont rendu la vie difficile au peuple. Ces réalités indignes apparaissent dans la « Condition humaine » roman du même écrivain cité, dans lequel il fait état de la guerre, de l’oppression, du désespoir. Révolté jusqu’à fond, il cherche à donner un sens à la vie humaine ; c’est pourquoi il affirme : « l’homme ne peut dépasser sa condition mortelle qu’à travers l’art, c’est-à-dire en accomplissant un acte dont la portée excède celle de son existence particulière ». Ce qui signifie que les romanciers de manière générale ont toujours mis en œuvre leurs talents pour changer des situations horribles et déplaisantes en vue de donner un signe de vie à leurs lecteurs.
En résumé, retenons que le romancier apparait comme un brasier lumineux qui conduit un peuple vivant dans les ténèbres au changement de son destin. Il l’éclaire et lui donne de la vigueur en changeant le déplaisant au plaisant, les pleures en sourire, les malheurs en bonheur, la laideur en beauté, le désespoir en espoir. D’où cette pensée de Césaire : « ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche; ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ».
Par ailleurs, certains romans à caractère amoureux ne sont-ils pas source de perversion pour nos sociétés ?