Origine du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes
Les origines de la Journée internationale des femmes, lancée en 1910, reposent en réalité sur un mythe. Si on en croit beaucoup de féministes, l’origine de cette journée, c’est une manifestation qui eut lieu à New York le 8 mars 1857. Première dans l’histoire, des couturières en grève ont défilé pour réclamer la journée de 10 heures et un salaire équivalent à celui des hommes. Une manifestation durement réprimée par la police. « À l’époque, toute la presse militante, du PCF et de la CGT, comme celle des “groupes femmes” du Mouvement de libération des femmes, relayée par les quotidiens nationaux, écrivait que la Journée des femmes commémorait le 8 mars 1857, jour de manifestation des couturières à New York. »
Sauf que les historiens se sont aperçus qu’il n’y avait aucune trace de cet événement nulle part. Et qu’en plus, le 8 mars 1857 était un dimanche, jour où les ouvrières ne risquaient pas de se mettre en grève puisqu’elles ne travaillaient pas.
« Les journaux américains de 1857, par exemple, n’en ont jamais fait mention », indique Françoise Picq. Et il n’est même pas évoqué par celles qui ont pris l’initiative de la Journée internationale des femmes : les dirigeantes du mouvement féminin socialiste international.
Bref, cette manifestation a été inventée de toutes pièces.
Pour comprendre pourquoi, il faut retourner en 1910. Clara Zetkin, une militante allemande, propose que tous les ans, les femmes du monde entier se mobilisent pour faire valoir leurs droits. Mais aucune date n’est alors fixée. C’est en Russie à Petrograd que ça va se jouer. On est début 1917, le pays traverse une grosse crise économique. L’hiver a été rude et des femmes décident de manifester pour demander du pain et la paix. Cette manifestation marque le début de la Révolution russe et la date du 8 mars sera officiellement célébrée en Union soviétique à partir de 1921. Elle sera suivie par la Chine et dans les pays de l'Est après 1945.
En France, cette date du 8 mars sera utilisée en 1975 quand le Mouvement de libération des femmes (MLF) manifeste contre l’Année internationale de la femme, organisée par l’ONU. L'organisation est accusée par le mouvement de faire de la récupération dans la lutte par de nombreuses militantes.
Dans les pays où cette date est reconnue, la Journée internationale des femmes est l’occasion pour le gouvernement d’annoncer des mesures en faveur des femmes.
Une initiative du mouvement socialiste
Car c’est un fait, « c’est en août 1910, à la IIe conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague, à l’initiative de Clara Zetkin, militante allemande, qu’a été prise la décision de la célébrer », ajoute l’historienne. La date du 8 mars n’est pas avancée, mais le principe est admis : mobiliser les femmes « en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe ». La Journée des femmes est donc l’initiative du mouvement socialiste et non du mouvement féministe pourtant très actif à l’époque. « C’est justement pour contrecarrer l’influence des groupes féministes sur les femmes du peuple que Clara Zetkin propose cette journée, précise Françoise Picq. Elle rejetait en effet l’alliance avec les “féministes de la bourgeoisie”. »
Quelques années plus tard, la tradition socialiste de la Journée internationale des femmes subit le contrecoup du schisme ouvrier lié à la IIIe Internationale. C’est en Russie que la Journée des femmes connaît son regain : en 1913 et en 1914, la Journée internationale des ouvrières y est célébrée, puis le 8 mars 1917 ont lieu, à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), des manifestations d’ouvrières que les bolcheviques désignent comme le premier jour de la révolution russe. Une nouvelle tradition est instaurée : le 8 Mars sera dès lors l’occasion pour les partis communistes de mobiliser les femmes. Après 1945, la Journée des femmes est officiellement célébrée dans tous les pays socialistes (où elle s’apparente à la fête des mères !).
Les couturières new-yorkaises, un mythe né en 1955
Mais alors comment est né le mythe des couturières new-yorkaises ? « C’est en 1955, dans le journal L’Humanité, que la manifestation du 8 mars 1857 est citée pour la première fois », explique Françoise Picq. Et l’origine légendaire, relayée chaque année dans la presse, prend le pas sur la réalité. Pourquoi détacher le 8 Mars de son histoire soviétique ? « Selon l’une de mes hypothèses, poursuit-elle, Madeleine Colin, qui dirige alors la CGT, veut l’affranchir de la prédominance de l’UFF et du parti communiste pour qu’elle suive ses propres mots d’ordre lors du 8 Mars. La célébration communiste de la Journée des femmes était devenue trop traditionnelle et réactionnaire à son goût… » Et c’est pourquoi, en se référant aux ouvrières américaines, elle la présente sous un nouveau jour : celui de la lutte des femmes travailleuses…